dimanche 14 juillet 2019

IRAN: VERS LA GUERRE ?


L’épine iranienne

Comme tous les pays riches en pétrole, l’Iran a subi les pressions britanniques puis américaines pour l’empêcher d’atteindre à son indépendance politique et technologique. Cela a commencé dès 1906 comme raconté par le Musée de la Révolution à Ispahan. Cela s’est poursuivi avec Mossadegh remplacé par le Shah en 1953 suite à un complot de la CIA. L’Occident a fait les yeux doux à Saddam Hossein pour mener une guerre meurtrière de plusieurs années contre son voisin iranien. En vain, et il a payé de sa vie sa trahison et sa collaboration.

Depuis une vingtaine d’années, le régime sioniste a mené une campagne d’intimidations, de harcèlements, de manipulations, de pressions, pour amener l’Occident à demander des comptes à l’Iran sur son prétendu programme nucléaire militaire. Campagne renforcée de fausses déclarations attribuées aux dirigeants iraniens sur leur volonté de « détruire » l’État juif comme s’ils ignoraient que celui-ci dispose de quelque 200 têtes nucléaires prêtes à l’emploi. Et campagne émaillée d’assassinats de scientifiques iraniens en Iran et à l’étranger, une spécialité du Mossad sur laquelle les autres pays préfèrent fermer les yeux.

Le problème est que l’Iran n’a pas plié. Contrairement à la quasi-totalité des pays arabes qui se couchent ou se laissent manipuler ou cherchent une protection illusoire auprès de leurs « amis » américano-sionistes, le régime iranien n’a en rien cédé de sa souveraineté, de sa liberté, de son indépendance, de sa volonté inébranlable de se développer et de développer ses moyens de défense notamment les missiles, se disant même prêt à se défendre contre toute agression. Et si cette agression n’eut pas lieu malgré les provocations hystériques israéliennes, c’est que le morceau était dur à avaler.

Les 5 grandes puissances + l’Allemagne ont fini par comprendre qu’il valait mieux chercher un compromis, qui éloignerait la menace nucléaire et renforcerait une stabilité régionale, mais dénoncé évidemment par le régime sioniste. On peut longuement spéculer sur les raisons (état profond, électorat évangéliste, gestion personnelle) qui ont poussé Trump à dénoncer l’accord. Pour notre plus grand malheur. Car l’Amérique demeure cet Empire qui peut imposer à tous les pays de se soumettre à l’embargo et au boycott qu’elle a unilatéralement décidés. L’hyper-puissance numéro 1 dans toute sa splendeur. Dans le combat économique de titans qui oppose les États-Unis et la Chine, l’Iran ne pèse pas lourd. De même pour l’Inde et autres économies mondiales qui craignent l’unilatéralisme juridique yankee. Le dossier iranien montre aussi que la Russie n’a pas repris la place de l’URSS qui avait son mot à dire dans la région et contre les intérêts fondamentaux de laquelle l’Amérique ne pouvait agir. L’Europe est paralysée par son appartenance à l’OTAN et son soutien viscéral à la « sécurité » d’Israël.

Le doigt sur la gâchette, le couple américano-sioniste temporise depuis 20 ans. Israël et surtout l’Amérique se sont déjà lancés dans des aventures militaires sans considération pour le chaos organisé. On peut même dire que ces 2 pays ne peuvent déposer les armes et chercher un modus vivendi pacifique avec le reste de l’univers. Pour ne pas plonger dans la guerre civile pour le 1er, à cause du lobby militaro-industriel pour la seconde. L’Iran est quasiment l’ennemi idéal, transformé par la propagande en menace existentielle pour la région et surtout pour le « petit » État juif menacé d’une nouvelle Shoah. Mener contre lui une guerre aérienne ou par missiles – ils ne sont pas suffisamment inconscients pour lancer des opérations terrestres – aurait pu être envisagé malgré les pertes prévisibles, celles-ci constituant même un motif de vengeance ou de stimulation auprès de leurs populations. Mais il y a ce Détroit d’Ormuz qui pourrait être miné et toutes les installations pétrolières des monarchies à portée de canon ! Et là ce serait la fin des haricots pour l’économie mondiale.

Il semble peu probable que l’Iran soit entraîné dans un conflit militaire d’envergure mais la stratégie d’étranglement peut lui être sinon fatale du moins dommageable pour sa stabilité et sa cohésion intérieures si elle se prolonge pendant quelques années. Et on ne voit pas ce qui pourrait l’arrêter sauf une évolution politique intérieure aux États-Unis ou une prise de conscience de quelques pays importants qui se sentiraient menacés à long terme en laissant l’impérialiste américain dicter sa volonté au reste du monde.

Jacob Cohen
14 juillet 2019