mardi 3 septembre 2019

Holocauste: le mémorial de Marrakech


- Que pensez-vous des discussions et débats qui ont suivi la destruction du mémorial ? 

Il est heureux que l’affaire ait suscité tant de controverses, car elle n’est pas anodine. On doit cette effervescence à des militants lucides, motivés et instruits par le travail équivoque de certaines organisations soi-disant humanitaires ou apolitiques. Ces débats ont remis sur le tapis la question de la position du Maroc par rapport à Israël, au monde arabe et à l’impérialisme idéologique occidental. Pour des raisons diverses, certaines remontant à l’indépendance et d’autres pour des gains diplomatiques, le régime marocain a adopté des positions pour le moins controversées, dans le sens où elles ne se conforment plus à l’identité arabe et musulmane du pays ni aux aspirations de solidarité de la population avec le peuple palestinien.

- Selon vous, quel est le but derrière la construction du mémorial, et est-ce qu'il avait réellement des fins politiques ?

Le lobby sioniste ne fait jamais ce genre de choses sans arrière-pensées. Vous me direz c’est une ONG allemande. Le lobby avance masqué et utilise des prête-noms inoffensifs. Sur le plan historique, la décision a été prise de faire de l’holocauste, à partir des années 70, une histoire universelle pour contrer l’image désastreuse d’un Israël conquérant. L’holocauste permet aussi de faire l’ « antisémitisme » soi-disant renaissant un instrument de dissuasion de toute critique contre l’occupation et la colonisation sionistes. La construction de mémoriaux à travers le monde, même dans des pays qui n’ont rien à y voir (dernier en date le Brésil), participe de cette offensive.


- Est-ce normal qu'un tel projet soit construit au Maroc, surtout que les Marocains ne se sentent pas concernés, en grande partie, par la tragédie qui s'est passée en Europe?

Le Maroc est malheureusement devenu le terrain de jeu favori d’Israël au sein de monde arabe. Et cela ne date pas d’aujourd’hui. Le régime sioniste a ainsi acquis une certaine légitimité, quasiment une reconnaissance et des alliances à peine secrètes, avec d’autres pays arabes, grâce à l’entremise marocaine, et ce alors que son emprise coloniale sur ce qui reste de la Palestine ne laisse aucune chance à une solution pacifique. Certaines personnalités judéo-sionistes « marocaines » proches du pouvoir veulent obliger les Marocains à se sentir concernés par un crime historique européen au détriment d’autres formes de solidarités arabes et africaines. Ces personnalités bien connues que j’estime être des collaborateurs du Mossad ont lancé en 2012 le Projet Aladin pour faire de l’holocauste européen une affaire nationale marocaine. C’est fallacieux et indécent. Ces pratiques ne servent que les intérêts de l’ennemi implacable de la nation arabe.


- Qu’elle aurait été selon vous, la valeur ajoutée de la construction d'un tel mémorial pour les Marocains ?

La construction d’un tel mémorial, qui aurait plus tard été embelli et agrandi (le lobby sioniste a des moyens financiers illimités) aurait pu devenir un lieu de pèlerinage et potentiellement touristique. Certains intérêts auraient pu se frotter les mains d’une telle aubaine. Mais en dehors de ce point particulier qui aurait pu créer quelques dizaines d’emplois, je ne vois rien de positif. On aurait vécu dans une communauté internationale apaisée où la justice entre les peuples régnerait, passe encore. Mais dans la conjoncture actuelle de la domination outrancière de l’alliance américano-sioniste (que de pays arabes détruits, soumis et humiliés) un tel mémorial aurait été une blessure, une marque d’infamie, infligée à notre pays.


Interview sur le Mémorial de l'holocauste près de Marrakech



What are the intentions of building a Holocaust memorial in Marrakech?

De manière générale, le lobby sioniste mondial poursuit sa politique de construction de mémoriaux partout où cela est possible, le dernier ayant été érigé au Brésil qui n’a rien à voir avec l’Holocauste. Pour montrer au monde combien le peuple juif a souffert et combien l’antisémitisme est un phénomène à éradiquer. L’antisémitisme étant assimilé à toute critique contre Israël. Avec le Projet Aladin, le Lobby sioniste tente depuis une dizaine d’années de faire reconnaître l’Holocauste par le monde arabe. Le Maroc est le seul pays arabe pour le moment (et on peut en deviner les raisons) grâce aux pressions d’André Azoulay à commémorer l’Holocauste. Journée de la Shoah à Ifrane, exposition à Marrakech. La prochaine étape était la construction d’un mémorial à Marrakech, toujours dans le but d’imposer à la société marocaine une tragédie avec laquelle elle n’a rien à voir et pour la conditionner en faveur d’Israël.

- Why did the destruction of this memorial was followed by accusations of Anti-semitism, in some Israeli news outlets?
C’est classique. Et c’est l’illustration que derrière toute manifestation de l’Holocauste il y a des raisons inavouables de propagande. L’antisémitisme est très mal vu à cause de la seconde guerre mondiale. Donc Israël et le Lobby juif sortent l’antisémitisme dès qu’il y a la moindre critique. Les sionistes utilisent cet argument depuis plus de 50 ans. En disant que c’était de l’antisémitisme de détruire le mémorial, on veut culpabiliser les autorités marocaines de commettre un crime antisémite donc odieux. Dans la nouvelle définition de l’antisémitisme qui s’impose peu à peu dans le monde figure la critique conte Israël. L’ « antisémitisme » est le joker de la propagande sioniste.

- Don't you think that similar to the Holocaust memorial use as a way of normalazing the relations with Israel, some Holocaust deniers use the destruction of this memorial to say that Morocco is not concerned with remembring Holocaust horrors?
Le problème c’est qu’on met sur le dos des opposants au mémorial un refus de toute empathie, de toute sensibilité historique. Le Maroc peut être concerné par une tragédie humanitaire juive comme par d’autres tragédies. Le problème n’est pas là. Les opposants, enfin ceux qui sont politiquement conscients et à qui je me suis adressé en janvier 2019 savent que le problème n’est pas humanitaire mais politique. Pourquoi aucune autre tragédie humanitaire (le massacre total des peuples indiens, la traite des noirs sur 3 siècles, etc.) ne fait l’objet d’aucune commémoration ? Pourquoi seulement l’Holocauste ? Pourquoi pas le nettoyage ethnique de la Palestine et la destruction socio-culturelle de tout un peuple ? Les opposants dénoncent à juste titre les manipulations politiques qu’il y a derrière ce mémorial et ces commémorations.

 - Is Morocco concerned with building a memorial about a crime that happened in Germany, in the Eauropean continent, knowing that it treated its jewish citizens in a totally different way?
Le Maroc n’a pas à être concerné par ce qui s’est passé en Allemagne. Je vais vous dire pourquoi le Maroc le fait. Parce que depuis son indépendance et surtout depuis Hassan 2 le Maroc s’est aligné sur l’Amérique et l’Occident, a accepté que le Mossad agisse librement au Maroc, à accueilli 2 dirigeants sionistes en 1986. Le Maroc ne peut rien refuser à Israël, parce qu’il pense que le soutien du lobby juif lui permettra d’obtenir le soutien américain pour le Sahara occidental. Alors quand on ordonne au Maroc de célébrer l’Holocauste, le Maroc ne peut pas dire non. C’est quelque chose qui ne peut jamais arriver dans un autre pays arabe.

- What do you think of the discussion about criminalising any normalization with Israel, knowing that a very big part of Moroccan jews abroad, live in Israel? 
Il n’y a pas de rapport entre la criminalisation de la normalisation avec Israël et les nombreux juifs marocains qui vivent en Israël. C’est un mythe de croire que ces juifs gardent quelque lien avec le Maroc. A part quelques vieillards en voie de disparition, les descendants des juifs marocains sont ultra-sionistes, nationalistes, militaristes et anti-arabes. D’accord certains font un pèlerinage mais ça s’arrête là. Criminaliser la normalisation avec le régime sioniste, et on a de très bonnes raisons de le faire, est un devoir de tout patriote arabe. Oubliez les juifs marocains partis en Israël et ailleurs. Malheureusement c’est de la vieille histoire.

vendredi 23 août 2019

JACOB COHEN INTERDIT DE VISA EN SYRIE

JACOB COHEN INTERDIT DE VISA EN SYRIE
J'ai été invité à participer à un congrès syndical à Damas du 6 au 11 septembre. L'organisation invitante m'avait déjà acheté le billet et j'ai envoyé une contribution écrite que je devais lire devant le Congrès. Mais étant un juif et avec le nom de COHEN (comme un certain espion sioniste Eli Cohen pendu à Damas en 1965) les autorités syriennes m'ont informé que le visa que je devais obtenir à la frontière libanaise avec la trentaine d'autres participants me serait refusé.

dimanche 14 juillet 2019

IRAN: VERS LA GUERRE ?


L’épine iranienne

Comme tous les pays riches en pétrole, l’Iran a subi les pressions britanniques puis américaines pour l’empêcher d’atteindre à son indépendance politique et technologique. Cela a commencé dès 1906 comme raconté par le Musée de la Révolution à Ispahan. Cela s’est poursuivi avec Mossadegh remplacé par le Shah en 1953 suite à un complot de la CIA. L’Occident a fait les yeux doux à Saddam Hossein pour mener une guerre meurtrière de plusieurs années contre son voisin iranien. En vain, et il a payé de sa vie sa trahison et sa collaboration.

Depuis une vingtaine d’années, le régime sioniste a mené une campagne d’intimidations, de harcèlements, de manipulations, de pressions, pour amener l’Occident à demander des comptes à l’Iran sur son prétendu programme nucléaire militaire. Campagne renforcée de fausses déclarations attribuées aux dirigeants iraniens sur leur volonté de « détruire » l’État juif comme s’ils ignoraient que celui-ci dispose de quelque 200 têtes nucléaires prêtes à l’emploi. Et campagne émaillée d’assassinats de scientifiques iraniens en Iran et à l’étranger, une spécialité du Mossad sur laquelle les autres pays préfèrent fermer les yeux.

Le problème est que l’Iran n’a pas plié. Contrairement à la quasi-totalité des pays arabes qui se couchent ou se laissent manipuler ou cherchent une protection illusoire auprès de leurs « amis » américano-sionistes, le régime iranien n’a en rien cédé de sa souveraineté, de sa liberté, de son indépendance, de sa volonté inébranlable de se développer et de développer ses moyens de défense notamment les missiles, se disant même prêt à se défendre contre toute agression. Et si cette agression n’eut pas lieu malgré les provocations hystériques israéliennes, c’est que le morceau était dur à avaler.

Les 5 grandes puissances + l’Allemagne ont fini par comprendre qu’il valait mieux chercher un compromis, qui éloignerait la menace nucléaire et renforcerait une stabilité régionale, mais dénoncé évidemment par le régime sioniste. On peut longuement spéculer sur les raisons (état profond, électorat évangéliste, gestion personnelle) qui ont poussé Trump à dénoncer l’accord. Pour notre plus grand malheur. Car l’Amérique demeure cet Empire qui peut imposer à tous les pays de se soumettre à l’embargo et au boycott qu’elle a unilatéralement décidés. L’hyper-puissance numéro 1 dans toute sa splendeur. Dans le combat économique de titans qui oppose les États-Unis et la Chine, l’Iran ne pèse pas lourd. De même pour l’Inde et autres économies mondiales qui craignent l’unilatéralisme juridique yankee. Le dossier iranien montre aussi que la Russie n’a pas repris la place de l’URSS qui avait son mot à dire dans la région et contre les intérêts fondamentaux de laquelle l’Amérique ne pouvait agir. L’Europe est paralysée par son appartenance à l’OTAN et son soutien viscéral à la « sécurité » d’Israël.

Le doigt sur la gâchette, le couple américano-sioniste temporise depuis 20 ans. Israël et surtout l’Amérique se sont déjà lancés dans des aventures militaires sans considération pour le chaos organisé. On peut même dire que ces 2 pays ne peuvent déposer les armes et chercher un modus vivendi pacifique avec le reste de l’univers. Pour ne pas plonger dans la guerre civile pour le 1er, à cause du lobby militaro-industriel pour la seconde. L’Iran est quasiment l’ennemi idéal, transformé par la propagande en menace existentielle pour la région et surtout pour le « petit » État juif menacé d’une nouvelle Shoah. Mener contre lui une guerre aérienne ou par missiles – ils ne sont pas suffisamment inconscients pour lancer des opérations terrestres – aurait pu être envisagé malgré les pertes prévisibles, celles-ci constituant même un motif de vengeance ou de stimulation auprès de leurs populations. Mais il y a ce Détroit d’Ormuz qui pourrait être miné et toutes les installations pétrolières des monarchies à portée de canon ! Et là ce serait la fin des haricots pour l’économie mondiale.

Il semble peu probable que l’Iran soit entraîné dans un conflit militaire d’envergure mais la stratégie d’étranglement peut lui être sinon fatale du moins dommageable pour sa stabilité et sa cohésion intérieures si elle se prolonge pendant quelques années. Et on ne voit pas ce qui pourrait l’arrêter sauf une évolution politique intérieure aux États-Unis ou une prise de conscience de quelques pays importants qui se sentiraient menacés à long terme en laissant l’impérialiste américain dicter sa volonté au reste du monde.

Jacob Cohen
14 juillet 2019


lundi 18 mars 2019

MON ANTISIONISME


MON ANTISIONISME
C’est la question qui secoue le landernau politique en France pour éviter de se poser la vraie question sur Israël ou l’État juif comme il aime à se définir de plus en plus de manière restrictive.
On a beaucoup glosé sur l’assimilation entre antisionisme et antisémitisme. On reconnaît là le génie maléfique de l’entreprise sioniste qui avait déjà réussi quelques renversements historiques spectaculaires. Faire passer la Palestine pour une « terre sans peuple ». Mener des guerres de conquêtes en se faisant passer pour une victime potentielle. Élargir son espace vital pour assurer sa sécurité. Détenir des centaines d’ogives nucléaires et accuser tout adversaire potentiel de vouloir commettre un nouvel holocauste.
Et voilà que les prestidigitateurs sionistes sortent de leur chapeau l’équation magique, inédite, ahurissante, fantasmagorique, de l’antisionisme = antisémitisme. Sans la terreur idéologique qu’exercent les lobbies juifs en Europe – le moindre éternuement du CRIF fait trembler les fondements de la République et lorsque Netanyahou fronce les sourcils l’Allemagne rampe et se couche – et le quasi-contrôle des institutions politiques américaines, cette équation aurait tout au plus suscité un rejet poli voire quelques sarcasmes sur cette prétention qui insulte l’intelligence.
Faut-il rappeler les nombreuses opposions juives contre l’entreprise sioniste et l’indifférence qu’elle a suscitée parmi les communautés de la diaspora bien installées ? Sans compter les oppositions rabbiniques constantes. Au Maroc, les rabbins nous mettaient en garde contre ces renégats (les agents sionistes envoyés sur place pour susciter des vocations) qui se prétendaient juifs. Israël a arnaqué les juifs des pays arabes, les prétendus juifs éthiopiens, les faux juifs soviétiques, pour la chair à canon, le lumpenproletariat et le remplissage des villes de développement.
Admettons qu’on oublie le crime originel du sionisme et qu’on admette que le peuple juif aurait droit à une parcelle pour s’y réfugier et trouver la paix. Mais on est loin du compte. Le sionisme révèle de jour en jour sa vraie nature : un projet expansionniste, militariste, raciste, messianique. C’est une Sparte qui doit vivre sur le pied de guerre. Les tensions internes sont telles que sans un ennemi extérieur il y aurait des guerres civiles. Une situation de paix comme on la connaît en Europe amènerait à une coexistence entre juifs et arabes israéliens, véritable cauchemar des identitaires sionistes. Sait-on qu’Israël est le seul pays au monde à avoir 2 systèmes d’éducation, de la crèche jusqu’au bac, totalement séparés et hermétiques, juif et arabe ? Dès leur création, les kibboutzim, fleurons de l’athéisme et du communisme, n’acceptaient pas les membres arabes.
Une question que nos analystes, les nouveaux dhimmis du Lobby qui n’existe pas, refusent d’affronter : Pourquoi Israël refuse une conférence internationale, où il n’aurait que des alliés ou des amis bienveillants, et qui prendrait en compte ses exigences territoriales et ses conditions de paix ? Et on trouverait une solution juste pour tous les peuples de la région. Parce que le sionisme, de par sa nature et tel qu’il a évolué, est fondamentalement un facteur de guerre. Il n’a pas fini d’élargir son « espace vital » au-delà du Jourdain. Avec l’équation qu’on veut nous vendre, de telles affirmations seraient considérées comme « antisémites ».
Que diraient les historiens dans 50 ans ? Comment de grands pays européens qui imposent des sanctions contre la Russie tremblent devant ce petit État voyou qui les nargue et les humilie ? Vous rappelez-vous cette scène de diplomates français malmenés par Tsahal ? Les diplomates européens font dans leur froc lorsqu’ils s’adressent aux Israéliens. Combiens d’installations financées par l’Union européenne en Cisjordanie pour alléger la souffrance des Palestiniens sont détruites par l’occupant sioniste au vu et au su des observateurs? Le plus comique, c’est que cette UE demande gentiment, humblement, faiblement, leur remboursement et se fait rabrouer comme un caniche dans un jeu de quilles.
Mon antisionisme ? Aider à mettre un terme à cette aventure qui a montré sa dangerosité et l’inaptitude à se réformer, et dont les conséquences toucheront aussi bien les juifs du monde entier. Mais avec ses tueurs du Mossad en embuscade, ses dizaines de milliers de « sayanim », son potentiel militaire et informatique et ses sous-marins nucléaires qui se baladent un peu partout, l’aventure sioniste n’est pas près d’être stoppée. Je dis parfois que Netanyahou est un modéré, et les gens se marrent, mais attendez de voir ceux qui viendront après lui.

Jacob Cohen
Ecrivain franco-marocain
19 mars 2019