lundi 25 janvier 2021

L'HUBRIS SIONISTE

 

L’Hubris sioniste.

 

Définition : Chez les Grecs anciens, tout ce qui, dans la conduite de l'homme, est considéré par les dieux comme démesure, orgueil, et devant appeler leur vengeance Celui qui ne respecte pas la limite fixée par cet ordre premier commet un acte d’Hubris, de démesure. Ce crime est puni par le châtiment de Némésis, divin et irrévocable puisqu’il entraîne l’anéantissement pur et simple de l’individu.

On est tenté de faire un parallèle avec l’évolution du sionisme. Non que cette idéologie soit la première depuis les Grecs anciens à se lancer dans une aventure de cet ordre. On peut évoquer la fin des empires, y compris coloniaux, qui n’avaient pas su adapter leurs ambitions aux réalités nouvelles. Imaginons ce que seraient devenus l’empire japonais s’il n’avait pas attaqué l’Amérique et le Reich hitlérien sans l’invasion de l’URSS.

Le sionisme à ses débuts, je parle de ceux qui sont venus de l’empire russe pour le mettre en pratique, cherchait désespérément une terre pour se réaliser. L’Ouganda et le Birobidjan auraient été un pis-aller. Comme on dit familièrement en sport, les premiers responsables auraient signé les yeux fermés pour le plan de partage onusien de 1947.

Mais la concrétisation de leur projet n’allait pas les amener à baisser les bras. Bien au contraire. Les décennies de luttes dont des actions terroristes spectaculaires contre les Anglais, et l’environnement arabe hostile, les pousseront à toutes les aventures militaires, dont la série de représailles dévastatrices contre les Palestiniens et l’agression tripartite contre l’Egypte en 1956.

La guerre de 1967 va marquer un tournant dans leur perception. Guerre minutieusement préparée et victoire éclatante, que la propagande avait rendue légitime car empêchant un « nouvel holocauste ».

Que faire de cette victoire ? Ben Gourion, qui n’étant plus au pouvoir avait certainement une vision plus politique et historique, avait suggéré d’échanger tous les territoires conquis sauf les lieux saints juifs de Jérusalem contre une paix véritable. Ce qui aurait pu se faire avec les garanties de la communauté internationale. Et le rêve sioniste originel se serait réalisé.

Mais c’était sans compter avec l’ivresse de la victoire. Israël avait multiplié par 5 ou 6 sa superficie. Le monde arabe était sonné. L’Occident était sous le charme. Les Israéliens pavoisaient, se croyaient désormais invincibles. Leurs généraux étaient devenus des demi-dieux. On ne cessait pas de fêter les glorieux soldats. De nouvelles pages musicales et littéraires ancraient dans l’inconscient collectif les prises de Jérusalem, du Golan, du Sinaï, de Charm El Cheikh, des villes bibliques de Cisjordanie.

Comment renoncer à tout cela ? Et surtout, pour signer une paix avec qui ? On s’engage dans une vraie paix – « la paix des braves » comme s’était illusionné bien naïvement Yasser Arafat en 1993 – avec un adversaire que l’on respecte, avec lequel on pense entrer dans une collaboration positive, et en qui on a une certaine dose de confiance.

Mais les Arabes ! Je suis toujours surpris par la méconnaissance de certaines élites arabes sur les sentiments que leur portent les sionistes. Le mépris serait un mot très faible. Je vous invite à retrouver les déclarations du Rav Ovadia Yossef, la plus haute autorité spirituelle du monde séfarade en Israël. On connaît les discriminations qu’avaient subies les juifs venant des pays arabes. On les traitait d’ « arabes », la plus grand insulte dans la bouche d’un sioniste historique.

Certes, les sionistes sont prêts à signer la paix avec les Arabes, mais une paix qui ne leur demanderait aucune concession, aucune reconnaissance des droits légitimes du peuple palestinien, aucune réserve sur les territoires conquis en 1967. Une paix de vainqueur qui impose ses conditions. Une « pax israelana » comme elle s’est réalisée récemment. Une paix qui n’entraîne pas la fixation du régime sioniste dans des frontières rigides et définitives, laissant ouvertes des possibilités d’extension.

Ces paix séparées ne feront que  les renforcer dans leur intransigeance, et dans leur conviction, bien ancrée dans l’écrasante majorité des Israéliens juifs, que «  décidément les Arabes ne comprennent que le langage de la force ».

Ainsi l’Hubris sioniste s’entretient et se renforce de cette dynamique, renvoyant toute solution politique juste et raisonnable aux calendes. Ils attendent la reddition, en particulier celle des Palestiniens qui devront se contenter d’un bantoustan sous contrôle israélien.

Israël se sent invincible, au sommet de sa puissance. Il contrôle quasiment l’Amérique, l’Europe ose à peine broncher, l’Inde la Chine et la Russie le traitent avec respect. Ses services secrets font trembler le monde, même leurs alliés. Le Mossad a probablement participé à l’assassinat de Kennedy pour lui faire payer son opposition à l’armement nucléaire israélien, comme il a tiré les ficelles des « attentats » du 11 septembre. L’affaire Epstein à elle seule lui permet de contrôler et de faire chanter toutes sortes de personnalités grâce à des milliers de vidéos compromettantes.

Cependant, contrairement à la plupart des régimes qui se sont laissé emporter sans réserve par leur ivresse dominatrice, le régime sioniste a conservé, de sa grande époque socialiste et libérale, une liberté étonnante d’analyse et de contestation. Citons pour mémoire le documentaire avec six anciens patrons des services secrets affirmant que la poursuite de l’occupation et de la colonisation signeront la fin du projet sioniste. Ou le numéro 2 de Tsahal Yair Golan déclarant que l’atmosphère du pays, avec les ratonnades en Cisjordanie et surtout après l’adoption de la loi sur la nation du peuple juif qui légalise certaines formes de racisme, lui rappelait le début de l’Allemagne des années 30.

Mais rien n’y fait. On ne veut pas entendre ces Cassandre. Le pays fonce comme un train fou vers son destin d’empire régional indestructible, gangrené de plus en plus par un messianisme mystique qui rêve de reconstruire le troisième Temple sur les « ruines » de la Mosquée Al-Aqsa. La tendance fondamentale de la société le mène inexorablement vers cette issue, quand bien même il ferait mine de résister.

Un fait récent illustre ce délire de puissance et d’invulnérabilité. Israël a décidé de faire vacciner sa population, au-delà de 16 ans jusqu’à présent, même les femmes enceintes, avec les vaccins à ARN, dont on sait peu de choses et qui commencent à produire des effets négatifs à travers le monde. Mais rien ne les arrêtera, malgré l’étendue de nouvelles contaminations, de variants étrangers et locaux et de décès en surnombre. C’est comme un défi que le régime sioniste lance à la face du monde. La justice immanente viendrait-elle par ce biais inattendu?    
    
L’homme n’apprend rien de l’Histoire. On finira avec cette illustration qui nous vient des Romains.

À Rome, la cérémonie du triomphe des généraux victorieux obéit à des règles censées prévenir les accès d’Hubris et éviter tout débordement d’ego. Ainsi, dans son char, le général défile accompagné d’un esclave qui se tient derrière lui. Ce dernier lui murmure à intervalles réguliers la célèbre phrase : « Memento mori » (« Rappelle-toi que tu es mortel »). Un procédé pour s’assurer que l’esprit de l’homme ne s’enflamme pas. Car l’Hubris est un feu qui consume l’âme avec des désirs de grandeur et de richesses.

Jacob Cohen

25 janvier 2021


 

 

 

 

 

dimanche 13 décembre 2020

Normalisations israélo-arabes contre l'Iran

 

Les « normalisations » entre le régime sioniste et les monarchies du Golfe sont surtout dirigées contre la République Islamique d’Iran.

 

On voudrait nous faire croire que les « normalisations » des relations entre les monarchies arabes, car il faudrait y inclure le Maroc, avec le régime sioniste, vont ouvrir une période de paix et de prospérité dans la région. Or rien n’est plus faux. Car le cœur du problème, la source de toutes les tensions depuis un siècle, réside dans la création d’un régime fondé sur l’apartheid avec le peuple d’origine, la dépossession de celui-ci de sa terre et son expulsion, la politique expansionniste d’un pays qui n’a jamais tracé  ses frontières, la recherche d’une « pax israelana » fondée sur la supériorité militaire et l’agression permanente.

Or pourquoi tout le monde arabe s’était élevé en 1948 contre l’établissement de ce régime sur la terre de Palestine ? Parce que l’effacement de celle-ci constituait un casus belli qui ne pouvait s’éteindre qu’avec le rétablissement d’un État de Palestine et une solution juste du problème des réfugiés palestiniens chassés par l’ennemi sioniste en 1948.

La Ligue Arabe n’avait jamais dérogé à cette règle, allant jusqu’à exclure l’Egypte en 1979 après la signature d’une paix séparée avec le régime sioniste laissant de côté le problème palestinien.

Les temps ont bien changé. Alors que ce qui reste de la Palestine vit sous une occupation brutale et une expansion constante des colonies sionistes, rendant impossible toute solution juste et durable, 3 pays arabes ont signé un traite de normalisation avec le régime sioniste, en attendant que d’autres suivent, notamment le Maroc et l’Arabie Saoudite, se contentant de quelques paroles creuses en faveur d’une reprise des négociations israélo-palestiniennes.

Des négociations qui n’aboutiront à rien de concret. Le régime sioniste fait trainer ces négociations depuis 1993, depuis la signature des accords d’Oslo, pour étendre sa mainmise sur la Palestine. Rappelons que le nombre des colons sionistes a été multiplié par 450% depuis 1993. Le régime sioniste n’a jamais recherché une paix juste et équilibrée permettant l’existence d’un État palestinien indépendant. Toute « paix » à ses yeux était une affirmation de sa puissance et la conservation des conquêtes militaires faites depuis sa création. Il avait d’ailleurs rejeté avec mépris une proposition de paix totale offerte par la Ligue Arabe en 2002 en échange de l’application des résolutions internationales.

Hormis la Syrie, le Liban avec le Hezbollah, et l’Algérie, les autres États arabes restent dans un attentisme prudent et craintif. Ils voudraient bien sauter le pas de la normalisation qui leur apporterait des bénéfices économiques, mais ils craignent la colère de leurs peuples. C’est le cas par exemple du Maroc qui collabore avec le régime sioniste depuis des décennies mais dans une semi-clandestinité.

Une réaction intéressante et courageuse est venue des Arabes israéliens, qui fréquentent assez les sionistes pour en connaître leurs arrière-pensées. Les 15 députés arabes sur les 120 que compte le parlement sioniste ont été les seuls à s’opposer à ces accords de normalisation. Ils ont déclaré : 

« Bien que soucieux de renforcer nos relations avec les peuples arabes, aussi bien au Machrek que dans le grand Maghreb, nous sommes politiquement opposés à l’accord d’Abraham proposé par le président américain, Donald Trump ». « Cet accord est un projet hostile aux droits du peuple palestinien et à son droit à établir un État indépendant dans les limites des frontières de 1967 avec Jérusalem pour capitale, ainsi qu’au droit au retour des réfugiés, conformément au droit international et aux résolutions de l’ONU, soutenus par l’Organisation de libération de la Palestine qui préconisent le retrait des colons et la fin de l’occupation israélienne ».

Les députés arabes ont confirmé leur soutien « permanent et éternel pour la paix juste qui se traduit par une paix globale basée essentiellement sur la fin de l’occupation israélienne et la fondation d’un Etat palestinien indépendant comme préconisé par l’initiative de paix arabe, qui a appelé auparavant à une normalisation avec tous les pays arabes, en échange du retrait total des territoires occupés depuis 1967.

Et d’ajouter que « Netanyahu s'est vanté ces dernières semaines d'avoir signé des accords de paix et de normalisation avec les pays arabes sans se retirer de la moindre parcelle des territoires palestiniens sous le faux slogan (la paix pour la paix). Netanyahu est à la tête d'un gouvernement désastreux, expansionniste et extrémiste qui intensifie les pratiques abusives de colonisation et d'occupation contre notre peuple palestinien ».

De fait, le régime sioniste a tout obtenu sans faire la moindre concession, soit vers la création d’un État palestinien, soit vers la restitution du Golan syrien conquis en 1967 et juridiquement annexé en 1981, en violation de toutes les lois internationales.

On se rappelle que les monarchies du Golfe avaient justifié les « normalisations » pour éviter l’annexion par le régime sioniste des colonies juives de la Cisjordanie occupée. Or ces monarchies viennent d’annoncer qu’elles ne feraient pas la différence entre les produits venant d’ « Israël » et ceux venant des colonies. C’est une reconnaissance de fait de leur rattachement à un même et unique État.

Pour les Palestiniens de Ramallah, qui continuent de croire à une solution négociée basée sur le droit international, le coup est rude. « C’est une trahison et un coup de poignard dans le dos du peuple palestinien ». Mais enfin, cela fait presque 30 ans qu’ils se font manipuler par l’occupant sioniste. Rappelons que depuis les accords d’Oslo, le nombre des colons sionistes en Cisjordanie occupée est passé de 150 000 à près de 800 000. L’Autorité palestinienne y a sa part de responsabilité, très grande même. En acceptant de collaborer avec l’occupant, militairement, économiquement, politiquement, elle lui a offert une légitimité internationale sans obtenir en retour que des concessions symboliques. Elle était devenue une énorme machine bureaucratique vivant grassement des aides européennes sur le dos de son propre peuple qui souffre au quotidien de l’occupation sioniste. N’oublions pas que cette « Autorité » avait refusé en 2006 la sanction des élections libres et démocratiques qui avaient accordé la majorité au Hamas. Ses forces de « sécurité » s’acharnent à pourchasser, avec l’aide des services secrets sionistes, tous les vrais résistants à l’occupant : les militants du Hamas, du Jihad islamique et du FPLP. Sa légitimité auprès du peuple est très très faible. Et en restant ancrée sur des positions, juridiquement justifiées mais politiquement irréalistes, ignorant que les monarchies du Golfe tissaient déjà des liens plus ou moins secrets avec l’entité sioniste, l’Autorité de Ramallah s’est retrouvée totalement démunie, sans appuis autres que les encouragements diplomatiques de quelques chancelleries européennes.

L’issue ultime et prévisible de cette évolution sera la mise en œuvre, à plus ou moins brève échéance et en y mettant les formes, du plan Trump pour résoudre le conflit israélo-palestinien. Ou ce qu’on a appelé le « deal du siècle ». En clair, reconnaître définitivement le rattachement des colonies juives à la patrie sioniste. L’attribution de la Vallée du Jourdain à la puissance sioniste pour assurer la sécurité de cette dernière, ainsi que le contrôle de l’espace aérien et des ressources hydrauliques palestiniens. En somme, l’État dont rêvaient les Palestiniens de Ramallah se réduirait à une espèce de « Bantoustan », tel que le régime sud-africain de l’apartheid voulait accorder aux Noirs pour s’en débarrasser.

Est-ce que l’Autorité palestinienne a les moyens politiques, économiques et militaires pour s’y opposer ? Nous pouvons en douter. Parce que le plan Trump avait prévu de couper les aides et les soutiens arabes dont bénéficiait de manière quasi automatique l’Autorité. Cette manne financière était un acquis qui semblait gravé dans le marbre. La défense de la cause palestinienne demeurait un tabou, en particulier le fait de signer une paix séparée avec l’ennemi sioniste. Et pourtant, cela s’est fait presque sans remous, pour le moment en tout cas.

Qu’est-ce qui a pu pousser les monarchies du Golfe dans cette voie ? Elles dépendent tellement de l’Amérique pour leur « sécurité » qu’elles ne pouvaient résister à une forte pression. D’autant qu’elles avaient vu les exemples des États arabes qui avaient tenté de sauvegarder leur indépendance et qui avaient fini comme on sait : l’Irak, la Libye, la Syrie. Et même leurs fortunes amassées depuis des décennies étaient à la merci d’une confiscation à l’américaine. Et enfin il y avait l’argument massue qui avait fait trembler ces monarchies sans légitimité nationale et incapables de se défendre. La « menace » que l’axe américano-sioniste n’avait cessé d’agiter et qui viendrait d’un Iran hégémonique. Si ces monarchies n’obéissaient pas, on les laisserait toutes seules face à un ennemi redoutable qui n’en ferait qu’une bouchée.

Rappelons tout de même que la République islamique d’Iran n’avait jamais depuis sa création initié un conflit dans la région, ni proclamé des revendications territoriales au détriment des pays voisins. L’ambassadeur de Russie en Israël, Anatoli Viktorov, a déclaré cette semaine : « Le plus grand problème au Moyen-Orient n’est pas l’Iran mais Israël. Le vrai problème réside dans le non-respect par Israël des résolutions de l’ONU sur le conflit israélo-palestinien et le conflit israélo-arabe. C’est Israël qui attaque le Hezbollah et non l’inverse. »

Par contre, le pays avec lequel ces monarchies viennent de signer des traités de « paix » ne vit que par la guerre, la domination, la conquête. Al-Quds, le Golan syrien et d’autres territoires palestiniens vivent sous la botte de l’occupant sioniste depuis des décennies. Ce régime viole allègrement le droit international et ne connaît que la loi du plus fort. Il va transformer ces monarchies en protectorats, en États obligés de se soumettre sous peine d’être balayés. Elles ont introduit le loup sioniste dans leur bergerie et le paieront très cher.

Mais au-delà des clichés sur les échanges économiques ou touristiques, ce qui se profile c’est une coopération militaire entre les monarchies du Golfe et leur nouveau protecteur sioniste. Elles ont déjà exprimé leur volonté d’acquérir la haute technologie militaire israélienne, notamment le système de défense antimissile Dôme de Fer.

Ce rapprochement militaire leur ouvre enfin la possibilité d’acquérir les fameux avions américains, les F-35. On parle déjà d’une cinquantaine de ces avions pour des milliards de dollars. Ces avions n’auraient jamais pu être achetés par un État arabe sans l’aval du régime sioniste. Il était toujours entendu que l’Amérique, au niveau des armements sophistiqués, devait maintenir un niveau de supériorité significatif au profit de l’armée sioniste.

Or le régime sioniste n’a fait aucune difficulté pour avaliser la vente des F-35 aux monarchies du Golfe, procédure qu’il aurait pu bloquer lorsqu’on connaît la puissance de l’AIPAC, le tout-puissant lobby sioniste, auprès du Congrès américain. On peut aussi se demander contre quel ennemi ces deux petites monarchies vont utiliser cet arsenal aérien digne d’une grande puissance. Il devient évident que cette armada sera orientée principalement contre la République Islamique d’Iran, érigée en ennemi commun du régime sioniste et des monarchies du Golfe.

L’ambassadeur sioniste à Washington a confirmé cette vision le 8 décembre : « Israël est très à l’aise avec la proposition de Washington de conclure un accord d’armement de 23 milliards de dollars avec les Émirats Arabes Unis. Cet accord ne violera pas l’engagement américain visant à maintenir l’avantage militaire qualitatif d’Israël. Les EAU sont un allié pour affronter l’Iran. Je suis plus préoccupé par le projet du président désigné Joe Biden de réintégrer l’accord nucléaire iranien. »

Un renversement stratégique, inimaginable encore il y a un an ou deux, est en train de prendre forme. Certes, des théoriciens avaient conjecturé cette nouvelle donne, mais de là à la voir se réaliser concrètement, allant même jusqu’à une alliance militaire et stratégique, et pourquoi pas une agression prochaine tripartite : américano-arabo-sioniste, contre le nouvel ennemi commun iranien, cela relevait de l’inconcevable. Non seulement les monarchies du Golfe ont fait sauter les tabous historiques, mais elles semblent vouloir rattraper le temps perdu. Elles foncent vers la collaboration dans tous les domaines, culturel, touristique, commercial. Rien ne les arrête. Chaque jour on découvre de nouveaux champs de collaboration avec le régime sioniste.

Cette nouvelle alliance, inédite et artificielle, entre un régime juif messianique conquérant et dominateur et des régimes monarchiques archaïques musulmans à la recherche d’une stabilité factice au prix de reniements historiques, a-t-elle des chances de durer ? Résistera-t-elle à une aventure militaire dans laquelle les monarchies seront fatalement entrainées ? Comment réagiront les peuples arabes, obligés aujourd’hui de ravaler leurs frustrations, lorsqu’ils verront à l’œuvre l’impérialisme sioniste, arrogant et conquérant ? Accepteront-ils de voir l’étranglement du peuple palestinien ? Ne rêveront-ils pas d’un sursaut nationaliste, à l’image de la République Islamique d’Iran, qui a choisi librement sa voie dans l’indépendance et la dignité ?

L’Histoire est pleine de rebondissements. Elle ne s’arrête pas dans un « happy end » comme dans les films hollywoodiens, et comme la rêverait le régime sioniste dans une domination perpétuelle et sans heurts. Les peuples opprimés se réveilleront un jour ou l’autre, et gare à leurs oppresseurs nationaux et à leurs alliés étrangers.

Jacob Cohen

Éuteur franco-marocain

12 décembre 2020

 

 

mardi 10 novembre 2020

ISLAMOPHOBIE FRANÇAISE : UNE AFFAIRE DE LOBBY

 

ISLAMOPHOBIE FRANÇAISE : UNE AFFAIRE DE LOBBY

On parle de l’islamophobie en France comme d’un dysfonctionnement regrettable que les bonnes volontés ne manqueront pas de corriger dans une société dont la devise historique, éculée et rabâchée,  serait : Liberté Egalité Fraternité.

Ceux qui en sont victimes aujourd’hui perpétuent d’ailleurs ce mythe en se battant sur le terrain choisi par l’oppresseur et avec les règles établies par ce dernier.

Ancien pays colonial, avec les tares habituelles du conquérant sur des indigènes musulmans vaincus, la France a appliqué allègrement les discriminations accompagnées d’humiliations, d’expropriations et d’exactions. Mais on pouvait penser qu’avec le temps, et les indépendances acquises, la coexistence sur le sol français allait se faire progressivement sur la base des valeurs de l’incontournable devise républicaine. La jeunesse musulmane avait d’ailleurs manifesté en 1983, en masse et pacifiquement, pour exprimer sa volonté d’intégration et de fidélité à la France.

C’était bien parti, mais cela ne faisait pas l’affaire du Lobby. Ce dernier, composé de sayanim bien placés, et sur instructions probables du Mossad qui les emploie, a entamé ce que l’on pourrait appeler la stratégie sioniste vis-à-vis de la communauté musulmane qui prenait de l’importance : L’empêcher d’acquérir visibilité et légitimité, lui fermer les postes dans les secteurs sensibles, développer à son égard méfiance et hostilité. Cela rappelle la politique de « containment » pratiquée par l’Occident contre le bloc soviétique. La hantise du Lobby, et du régime sioniste derrière lui, était de voir la France, sous une influence musulmane grandissante, se détourner peu à peu d’Israël et renforcer sa politique arabe et tiers-mondiste. Cela aurait également porté un coup fatal à la puissance du Lobby et aux dividendes (politiques financières médiatiques) que celui-ci tire de sa position centrale, notamment avec l’exploitation du prétendu antisémitisme qui justifie toutes ses prétentions et accorde un chèque en blanc au régime sioniste, protégé désormais de toute critique.

Le Lobby va donc détourner ces revendications légitimes de la jeunesse maghrébine en les enfermant dans une association entièrement à sa dévotion. Ce fut la création de SOS Racisme par des judéo-sionistes sous la houlette de Bernard-Henri Lévy. Cette association « antiraciste » est chapeautée et contrôlée par l’Union des étudiants juifs de France. On ne fait pas plus sioniste. SOS Racisme en est la filiale dévouée et partage tous ses combats. Grâce à l’appui du Lobby, SOS Racisme reçoit des centaines de milliers d’euros chaque année et dispose d’une légitimité médiatique incontestée.

Le « containment » des musulmans consiste par ailleurs à les déstabiliser, à leur faire admettre qu’ils sont tolérés dans une société « judéo-chrétienne » (construction récente et historiquement infondée) dont ils doivent intégrer les « valeurs », et qu’ils restent sous surveillance de la bien-pensance républicaine généralement assumée par des représentants du Lobby bien connus. Le premier Ministre de la France peut dire : « Le voile doit être porté avec discrétion, alors qu’on peut être fier de porter la kippa ». Un journaliste peut balancer à la télévision : « Ce sont les musulmans qui amènent la merde en France ». BHL, fier de son identité juive, exige une modernisation du saint Coran. Madame Badinter, propriétaire de Publicis, un nid de sayanim, revendique son droit de détester l’islam. Les musulmans auraient la décence de se faire humilier par des « caricatures » au nom de la liberté d’expression, mais sans broncher. Le Lobby leur impose un « imam » débile et inculte supposé les représenter dans les médias, et protégé par la police nationale.  Régulièrement les médias nous offrent des débats sur l’islam et les musulmans menés par Zemmour, Lévy, Goldnadel, Askolovitch, Badinter (vous voulez un dessin ?) alors que des milliers de grands intellectuels maghrébins sont tenus à l’écart. Il est vrai que le Lobby agrée quelques mahométans en fonction de leur trahison à leur communauté.

Je vous offre l’ultime provocation faite par le magazine Causeur d’Elisabeth Lévy de cette semaine. Il n’appelle pas moins à l’apostasie des musulmans pour les acculturer aux sociétés ouvertes. « Cette démarche supposerait l’engagement de militants érudits, d’artistes passionnés, de rhéteurs motivés au service de l’ambition suivante : en appeler à la sensibilité de leurs semblables de confession musulmane pour les persuader d’adhérer à des croyances plus paisibles. »

La stratégie agressive et raciste du Lobby – menée moins pour des raisons historiques ou ethniques que pour servir l’intérêt supérieur du régime sioniste – et qui trouve un certain écho au sein d’une droite nationale nostalgique plutôt complaisante, ne paraît pas rencontrer une résistance déterminée, lucide, organisée et courageuse.

Tout d’abord les Maghrébins – du moins ceux qui tentent de résister – ne font pratiquement jamais le lien entre l’islamophobie croissante et ses véritables manipulateurs. Non qu’ils l’ignorent. Mais le tabou est tel qu’ils n’osent pas franchir le pas de peur d’affronter ouvertement le Lobby et d’être taxés d’antisémites. Consciemment ou non, ces Maghrébins ont intériorisé les lignes rouges imposées par le Lobby dans toute expression publique. L’antisémitisme a bon dos. De toute façon, c’est le Lobby qui fixe le niveau du délit suprême. Toutes vos protestations ne serviront à rien si le Lobby a décidé que tel a fait preuve d’antisémitisme et qu’il en paiera les conséquences, car il peut donner ses directives en ce sens aux médias et aux divers agents de l’État. Cette épée de Damoclès est d’une terrifiante dissuasion.

Un exemple personnel. En 2016 j’avais réservé une salle dans une mairie progressiste de la banlieue parisienne. Le responsable était un bon militant d’origine maghrébine. 24 heures après l’annonce de la conférence (mes activités étaient surveillées par qui vous devinez) le responsable m’a annoncé l’annulation de la réservation. Mon nom était sulfureux. Le responsable savait qu’en tenant tête au représentant du Lobby qui avait téléphoné, il pouvait dire adieu à sa carrière politique. Des ministres et des entrepreneurs (Gallimard par exemple) n’ont pas résisté à une campagne de harcèlement du Lobby.

Pratiquement d’ailleurs, tous les sites maghrébins en France m’évitent comme la peste, craignant la colère du Lobby. Même des sites palestiniens. Comme j’ai collaboré un temps avec Dieudonné et Soral, épinglés par le Lobby comme « ennemis de la République », je reste persona non grata, même après le conflit qui m’en avait séparé. C’est le principe de précaution poussé à outrance.

Avec de pareils opposants, le Lobby peut poursuivre et accentuer sa stratégie islamophobe. Il semble qu’une majorité de Maghrébins, surtout parmi les diplômés, ne se soient pas totalement débarrassés d’un certain complexe du colonisé. Celui décrit par Albert Memmi, que j’ai constaté sur moi-même et d’autres compatriotes marocains. C’est le fait en France de ne pas avoir cette totale assurance d’un citoyen à part entière qui peut revendiquer tous ses droits, en s’affirmant à l’égal des autres. Cela se traduit par cette propension, même infime, à ne pas faire de vagues, à éviter de trop festoyer pendant le ramadan, à préférer ne pas porter des symboles religieux comme le voile ou une djellaba de fête (que diraient les voisins dans cet immeuble bourgeois où l’on a eu du mal à s’y glisser ?) Ils croient à tort pouvoir échapper à la vindicte générale, laissant leur communauté sans grande défense. Où se terrent leurs avocats, leurs universitaires, leurs médecins, leurs enseignants, leurs ingénieurs ? Ils ont intériorisé, même inconsciemment, le commandement implicite du Lobby de se tenir a carreau et de ne pas trop la ramener lorsqu’un magazine publie des caricatures insultantes, et même d’accepter que Dieudonné devienne un paria parce qu’il avait osé se moquer d’une communauté particulière mais qui « a tant souffert ».

Ces Maghrébins ne font rien ou pas grand-chose même lorsque l’Administration, qui flaire où se trouve le vrai pouvoir pour s’y soumettre, commet des actes manifestement illégaux pour humilier les musulmans et les remettre à leur vraie place. Après l’interdiction du port du voile par les collégiennes et les lycéennes, certaines d’entre elles avaient mis une jupe longue. Ce que absolument rien n’interdit. Mais elles ont été convoquées par la direction et menacées d’exclusion pour le port d’un vêtement qui « aurait un signifiant religieux manifeste ».

À l’époque, je militais pas mal pour cette cause, et j’avais lancé, par des vidéos et dans des conférences, l’idée d’une « journée de la jupe longue ». Constituer des groupes dans toute la France, et à la date indiquée, envoyer des dizaines de milliers de collégiennes et de lycéennes en jupe longue. Qu’aurait fait la direction devant cette mobilisation ? Et quel message envoyer au Pouvoir et au Lobby : « Nous entrons dans la résistance. Nous n’admettrons plus aucune humiliation. Nous nous défendrons par tous les moyens. »

Hélas ! Hélas ! Cette idée n’a jamais été reprise ni exploitée. C’est resté à l’état de chimère.

Je voudrais conclure avec le propos du maître de la dialectique. Hegel disait à peu près : Le maître a besoin de l’esclave pour exister. Sans l’esclave il n’y a plus de maître.